L’école

De 1800 à 1850, il ne fait pas de doute que l’éducation n’occupe pas la première place dans les préoccupations des Acadiens et des Acadiennes. L’absence d’infrastructures et d’un personnel enseignant bien formé ne favorise pas la valorisation de l’enseignement. Pour la plupart des familles acadiennes, la survie passe par d’autres avenues. Chez les jeunes garçons, par exemple, plusieurs s’embarquent à bord des goélettes de pêche dès l’âge de 12 ans. D’autres choisissent la hache et, à 14 ans, plusieurs partent dans les chantiers tenter leur fortune comme bûcherons. Finalement, d’autres participent au travail de la ferme. Quant aux filles, elles se chargent d’une partie des tâches de leur mère. Par la force des choses, pour beaucoup de jeunes Acadiens et Acadiennes, l’école est d’abord une occupation à temps partiel lors des temps de l’année où leurs services ne sont pas requis. C’est ce qui explique que les enseignants doivent composer avec une présence irrégulière des élèves au cours d’une année.

Pourtant, dès le début des années 1800, les autorités provinciales s’efforcent de valoriser l’éducation et de convaincre les parents de son importance. Mais les moyens matériels sont déficients, les manuels presque introuvables, sans compter que la plupart sont en anglais. Qui plus est, les maîtres francophones compétents sont une denrée rare, puisque la formation en enseignement n’est offerte qu’en anglais et ne débute qu’après 1850 au Nouveau-Brunswick. Les régions acadiennes de la province doivent compter sur des maîtres ambulants. Tous ces facteurs expliquent que l’éducation est réservée à l’élite anglophone, dont les membres ont accès aux postes administratifs. Toutefois, c’est dans ces petites écoles modestes et en proie à des conditions très difficiles que plusieurs futurs pionniers de l’élite acadienne font leurs premiers apprentissages. Les Pascal Poirier, Placide Gaudet, Amand Landry, Marcel-François Richard et autres ne reçoivent pas d’autre enseignement à l’élémentaire que celui qui est donné dans ces petites écoles souvent mal entretenues, avec des maîtres sans formation.

La charpente de cette école, qui est de Chockpish, près de Richiboucto, est à colombages verticaux. L’extérieur est recouvert de bardeaux de cèdre, les murs intérieurs sont enduits de plâtre, avec un lambris de trois pieds de hauteur en planches de pin. Une petite estrade d’une vingtaine de centimètres de hauteur, à côté de la porte d'entrée, sert de tribune pour le pupitre du maître ou de la maîtresse. Une plaque peinte sur le mur, au noir de fumée, fait office de tableau. Un petit poêle de type « box » constitue le système de chauffage.